Prendre La Route...avec Clem et Adrien

Journal de bord en Arabie Saoudite 🇸🇦 : de Tabuk à Djeddah, en passant par Al Ula et Médine

Itinéraire de notre voyage en Arabie Saoudite sur Polarsteps

Publié il y a 11 mois par Clémence et Adrien

Cap au sud ! Nous laissons la Jordanie derrière nous pour nous enfoncer au coeur de la péninsule arabique. De l'autre côté de la frontière jordano-saoudienne, l'inconnu ou presque.

L'Arabie Saoudite n'est pas un pays très fréquenté des voyageurs et pour cause : il n'est ouvert au tourisme que depuis 2019. Nous nous imaginons des milliers de kilomètres de désert et pas grand chose de plus.

Qu'importe ! Les récits qui nous sont parvenus ont suffit à titiller notre curiosité.

🌍 | Journal de bord de notre voyage sans avion

🚀 | Sur la route depuis février 2022

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Jours 313 à 315 🇸🇦 - Neom et Amer

D'Aqaba à Al Bad', Jordanie le 13 décembre 2022

Assis sur un gros bloc de béton devant le poste frontière jordanien, nous attendons patiemment. Deux minutes plus tôt, un homme s'est arrêté devant nous. Il a parlé un peu avec les douaniers et m'a tendu son téléphone pour que je réponde. La voix m'a demandé quelques informations dont une photographie de nos passeports et le numéro de notre visa. Une fois cela réglé, l'homme m'a expliqué qu'un taxi allait venir pour nous aider à passer de l'autre côté. On se croit dans un film d'espionnage.

Nous mettons une bonne heure et demie pour la traverser, entre la fouille complète du véhicule pourtant vide et les lenteurs du système informatique. Notre chauffeur de taxi fut d'une aide précieuse en nous amenant de bureau en bureau. Du début à la fin, il n'a pas demandé un centime. Enfin mis à part le moment où il a fallu payer les 10 JOD de frais de sortie de Jordanie.

Avec du recul, passer ici à pied n'était pas une idée très brillante. Sans l'aide providentielle de notre ange gardien, nous y serions encore.

Parc au bord de la mer Rouge

Arrivés de l'autre côté, nous assistons à un très beau coucher de soleil sur la mer Rouge. Nous avons rendez-vous vers 18h avec Amer, avec qui nous sommes en contact depuis quelques jours via l'application Couchsurfing. De longues minutes passent jusqu'à ce qu'un gros 4x4 blanc s'arrête devant nous.

« Hello my friends, welcome to Saudi Arabia ! » dit-il. Cette phrase de bienvenue deviendra la ritournelle de tout notre passage dans ce pays.

Nous prenons place à ses côtés. Il nous amène d'abord dans la petite ville d'Haql pour acheter une carte SIM. Nous essayons de lui expliquer que nous n'en avons pas besoin, rien n'y fait. Il insiste : chez lui il n'y a pas de WiFi et il préfère que nous soyons bien équipés. Nous optons pour le forfait le moins cher, environ 20€ pour 10 GO d'internet.

Seconde étape, il s'arrête un peu plus loin pour nous offrir un succulent jus de fruit de bienvenue. Autant en profiter car deux heures de route nous attendent jusqu'à son appartement. C'est là que nous comprenons qu'il vient de faire plus de 300 kilomètres aller-retour pour nous. Incroyable !

Sur la route

Amer est né à Riyad et pourtant, il n'est pas saoudien. Son passeport indique qu'il est réfugié palestinien au Liban, bien qu'il n'y ait jamais vécu. S'il ne travaillait pas, il serait forcé de partir. Cette première rencontre en Arabie Saoudite nous déconcerte. Pourquoi une telle différence entre les Saoudiens d'origine et les autres ?

En arrivant, Amer s'excuse car son appartement n'est pas idéal pour accueillir du monde. Une cuisine, un salon faisant office de chambre et une salle de bain : cela fera l'affaire. Nous n'avons pas besoin de beaucoup plus pour le moment. Amer est venu ici pour le travail. On comprend que sa vraie maison est à Riyad, tout comme sa femme et ses enfants.

Ce soir, c'est soirée film et football. Le film raconte une histoire assez sombre de mafia italienne. Alors que nous sommes concentrés, Amer disparaît et revient vingt minutes plus tard avec trois boîtes remplies à ras bord de poulet frit et de frites. Pile à temps pour la demi-finale Croatie - Argentine.

Al Bad', Arabie Saoudite le 14 décembre 2022

Ce matin, notre hôte est parti travailler aux aurores. Il prévoit de boucler sa journée de boulot à 10h pour ensuite passer le reste du temps avec nous.

Vers 11h, il passe le pas de la porte. Il se change et en moins de 5 minutes nous sommes tous installés à bord de sa voiture. Il adore conduire, on l'apprend très rapidement. C'est parti pour une folle journée de roadtrip !

À peine 5 minutes après le départ, nous nous arrêtons déjà. Toujours à Al Bad', nous laissons la voiture sur un parking et gravissons un sentier sur une dizaine de mètres en plein cagnard. C'est l'hiver ici et pourtant qu'est-ce qu'il fait chaud ! Nous sommes seuls alors j'ose enlever ma grande chemise et me mettre en t-shirt.

Tombeaux nabatéens d'Al Bad

Autour de nous se trouvent des tombes et des maisons de l'époque nabatéenne. Elles seraient celles du peuple de Shuaib. Construites à l'intérieur de grottes, les façades nous rappellent Petra. L'endroit est vide alors on profite quelques minutes et on vadrouille où bon nous semble.

On ne s'éternise pas trop. Amer semble pressé de nous montrer la suite. Nous roulons à vive allure en direction de la mer rouge. Le décor est paradisiaque entre mer aux couleurs turquoises, sable doré et roches volcaniques. Certaines ont des formes étonnantes comme celle en forme de chaussure de troubadour.

Roadtrip en bord de mer

Amer nous amène ensuite au pied de l'épave de l'avion Catalina, un ancien avion militaire de l'US Air Force. Il fut démilitarisé et acheté par une famille américaine. En 1960 en raison de circonstances imprévues, l'avion fut forcé d'atterrir sur la plage en catastrophe. Il aurait été pris pour cible par les habitants de la région. L'équipage fut heureusement sain et sauf. L'avion abandonné sur cette plage magnifique offre un joli décor.

Épave de l'avion Catalina

C'est d'ailleurs le cas de toute la zone où nous nous trouvons. Désertique et pourtant si belle, nous foulons des dizaines de kilomètres sans croiser âme qui vive. Amer, qu'on soupçonne d'avoir des problèmes auditifs, a mis la musique à fond afin de masquer l'alarme tonitruante de sa voiture qui se déclenche dès qu'on atteint 120 km/h, soit la vitesse maximale autorisée.

Petite arche

Tout en roulant, nous commençons par croiser des dizaines de camions tantôt plein de sable, tantôt vide. Nous venons d'arriver à l'emplacement de Neom, un projet de ville nouvelle futuriste dans la province de Tabuk. Aussi appelée The Line, la ville est censée s'étirer sur 180 kilomètres de long de la mer jusqu'aux montagnes. Des travaux énormissimes d'excavation ont commencé en octobre 2022 sur toute la longueur du projet entraînant la déportation de tribus ancestrales de la région.

L'objectif de The Line est de bâtir une ville utopique écologique, sans véhicule et pourvue des technologies les plus innovantes. Futuriste ou insensé, on ne sait pas trop quoi en penser. En attendant, à part des dizaines de camions roulant au pétrole, on ne voit pas grand chose et on a du mal à imaginer à quoi toute la région ressemblera d'ici quelques dizaines d'années.

Nous n'avons pas le temps de poursuivre nos réflexions, Amer vient de s'arrêter à une station service flambant neuve. Au menu ce midi : shawarma, que nous mangeons au volant. Nous prenons la direction de Tabuk, le chef-lieu de la région, laissant la mer derrière nous. Nous perdons au passage cinq ou six degrés, ce qui n'est pas pour nous déplaire.

Amer s'arrête au niveau d'un désert rouge. Il active le mode 4x4 et nous traçons à travers les dunes. Ce désert nous rappelle le Wadi Rum et pour cause, il s'agit d'une extension de ce dernier qui ne s'arrête pas pile poil à la frontière.

Roches du désert et inscriptions

Nous assistons au coucher de soleil dans ces paysages lunaires. Notre séjour en Arabie Saoudite commence sous de belles auspices.

Roadtrip dans le désert

Une fois rentrés, Amer disparaît comme à son habitude. Il prétexte le changement de la bonbonne de gaz pour finalement revenir avec 3 énormes crêpes égyptiennes fourrées de poulet et de fromage. C'est super gentil mais un brin copieux. On les déguste tout en attendant tranquillement le début de la demi-finale France - Maroc. Décalage horaire oblige, le coup d'envoi ne débute pas avant 22 heures. Le stress monte.

Jours 315 à 317 🇸🇦 - Randonnée dans Wadi Disah

De Al Bad' à Wadi Disah, Arabie Saoudite le 15 décembre 2022

Bien que le match d'hier se soit soldé par une victoire à minuit passé, nous ne nous sommes pas éternisés. Comme la veille, Amer est parti travailler dès le lever du soleil. Mais pas question pour nous de partir en auto-stop durant son absence. Il nous amènera à Duba en fin de journée. Il y tient et ça n'est pas négociable.

Il débarque vers 19h. On monte en voiture et c'est parti pour 2 heures de trajet à vive allure, la musique à fond bien entendu. Amer nous dépose devant l'immeuble familial d'Hamoud. Nous faisons nos aurevoirs à Amer et faisons connaissance avec Hamoud juste après. Nous nous sentons un peu comme des enfants en garde partagée. On se sent entre de bonnes mains.

Nouvelle ville, nouvel hôte. À vrai dire, nous n'avons pas le choix car les logements se font rares dans la région. Tous les hôtels, ou presque, ont été réservés par les travailleurs de Neom pour des mois voire des années.

Hamoud a la quarantaine, il est saoudien et vit à Duba depuis toujours. Ce soir, c'est jeudi soir, jour de week-end. Accompagnés d'Hamoud et de son beau-frère Maher, nous roulons de nuit jusqu'à leur ferme familiale pour y passer le week-end. Nous ne nous arrêtons que pour prendre un café dans une station essence le long de la route principale. Nous arrivons à plus de 22h30. Aucun souci, à cette heure-là, la soirée ne fait que débuter en Arabie Saoudite.

Nous découvrons une ferme typique de la région. Les lieux se composent de plusieurs bâtiments abritant cuisine, salon et chambres. Nous sommes loin des fermes françaises très rurales. On devine les plantations un peu plus loin dans la nuit noire.

La ferme d'Hamoud (photo prise le lendemain)

Nous laissons l'exploration des lieux au lendemain et nous nous retrouvons tous autour du feu. Un pakistanais, qui travaille à la ferme à temps complet, nous apporte de quoi dîner. Son pain maison est à tomber ! Nous grillons aussi des maïs, des pommes de terre et des aubergines que Maher rapporte de la ferme voisine. Cette première soirée autour du feu est très agréable et donne le ton d'un superbe week-end en perspective.

Soirée barbecue

Wadi Disah, Arabie Saoudite le 16 décembre 2022

Ce matin, Hamoud nous attend sous les palmiers pour un petit-déjeuner copieux. Nous nous installons confortablement à l'ombre. La ferme se situe dans une vallée ouverte d'un ou deux kilomètres de large. On aperçoit au loin quelques petits sommets rocailleux rouges. Le cadre est franchement idyllique.

Hamoud est un sacré personnage. Passionné de randonnée, de photographie et de voyage, il passe plusieurs mois par an en Europe et principalement en Norvège où se trouve sa copine. Car oui, Hamoud n'est pas marié. Ou plutôt il est divorcé depuis une dizaine d'années. Il nous explique que, ne trouvant pas de compagnons de randonnée en Arabie Saoudite, il accueille des étrangers pour l'accompagner. En plus de son travail à la clinique privée de l'aéroport, il a passé les diplômes nécessaires pour être guide officiel. Il utilise ce second métier comme prétexte pour passer un maximum de temps en plein air et explorer la région dans ses moindres recoins.

Au programme du jour, Hamoud souhaite nous faire découvrir Wadi Disah. Il s'agit d'un oued bien connu des Saoudiens car il est possible de l'arpenter en 4x4. De notre côté, nous optons pour la marche. Les lieux sont sublimes.

Avec Hamoud

Enfermé entre de très hautes parois, le wadi est tapissé d'arbres. Nous remontons le cours de l'eau sur plusieurs kilomètres. La progression dans le sable mouillé est lente et la végétation luxuriante ne nous aide pas. Toutefois, le tout est très harmonieux. J'apprécie particulièrement le contraste de couleurs entre le rouge ocre des rochers et le vert jungle des grandes plantes qui nous entourent. Pour couronner le tout, l'eau nous offre parfois de jolis reflets.

Reflets dans l'eau

Sublimes paysages autour du Wadi Disah

Wadi Disah est non seulement un paradis pour la faune et la flore, mais il est aussi chargé d'histoire. À la faveur d'une pause, Hamoud nous amène sur un petit sentier qui grimpe derrière plusieurs rochers éboulés depuis longtemps. Il y a découvert de belles gravures. On y devine des figures de dromadaires, d'humains et peut-être même de chevaux. Elles ont semble-t-il au moins 1000 ans, cependant, impossible de les dater précisément sans l'intervention d'archéologues.

Plus loin, il nous montre des trous creusés de manière régulière dans des parois à au moins trois mètres de hauteur. La théorie la plus probable est que les anciens marquaient le niveau des crues annuelles. Celles-ci peuvent être violentes, l'eau peut monter en moins de 30 minutes lorsqu'il pleut.

Des traces d'habitation

Érosion

La randonnée est en aller-retour. Sur le retour justement, nous remarquons que de nombreux groupes se sont installés ça et là sur de grands tapis. Plutôt que de randonner comme nous, les Saoudiens ont pour habitude de passer leur vendredi après-midi entre amis ou en famille à boire thé et café arabe. Ils viennent ici à bord de leur 4x4, trouvent un coin tranquille, et s'installent très confortablement. Notre manière de faire les déconcerte, ils n'ont jamais vu personne marcher ici et s'empressent de nous inviter à les rejoindre.

Pause café, thé et dattes

De retour à la voiture, Hamoud fait deux détours avant de rentrer à la ferme. Le premier nous fait passer par une route sublime creusée dans la roche. Arrivée à son point le plus haut, la vue est à couper le souffle. Il nous montre au passage plusieurs fermes appartenant à sa famille. Chaque ferme se situe à un endroit stratégique de la région, souvent près d'un point d'eau.

Route nouvellement creusée

Vue sur les environs

Le second arrêt nous amène au centre d'entraînement des dromadaires. Plus qu'une simple balade, les dromadaires sont choyés quotidiennement en vue des futures courses, très prisées dans la région et dans tout le pays d'ailleurs.

Entraînement des dromadaires pour la course du lendemain

De retour à la ferme, nous y découvrons les biquettes familiales et un petit potager où poussent des aubergines et des pommes de terre, au milieu des palmiers. D'après Hamoud, l'Arabie Saoudite compte plus de 250 variétés de dattes !

Le coucher de soleil approchant, nous passons à table. Durant toute la soirée, plusieurs membres de la famille nous rejoignent soit pour manger, soit pour boire le thé. Nous dînons même deux fois, chose plutôt normale, et buvons nos premières bières sans alcool.

Coucher de soleil sur la ferme

Je suis incluse sans grande difficulté dans ce milieu d'hommes. On apprend fort rapidement que, traditionnellement, les hommes et les femmes passent très peu de temps ensemble. Si nous sommes partis à la ferme pour le week-end, les femmes de la famille sont toutes restées à Duba. En tant que femme étrangère ma position est différente et je suis acceptée des deux côtés, ce qui n'est pas le cas d'Adrien qui doit rester avec les hommes.

Jours 317 et 318 🇸🇦 - Passage par Duba

Duba, Arabie Saoudite le 17 décembre 2022

Le week-end se terminant, il est temps de rentrer à Duba. Nous avons convenu avec Hamoud de le suivre et de ne partir que le lendemain à Tabuk. Les connexions routières sont plus simples entre les grandes villes plutôt que depuis sa petite ferme située dans l'arrière-pays.

Sur la route, les paysages se révèlent en plein jour dans une alternance de déserts plats et de montagnes volcaniques, jusqu'à la mer. Partis tôt, nous disposons de tout l'après-midi pour visiter la ville.

Avant cela, nous rejoignons un ami d'Hamoud dans un café. Il nous fait goûter une sorte de tisane à base de clous de girofle. L'expérience est revigorante. L'histoire de cette plante est assez intrigante puisqu'elle provient d'Indonésie. Durant tout le Moyen-Âge, les arabes assuraient son commerce sans en connaître l'origine. Son exploitation était strictement contrôlée par les indonésiens afin de garder leur monopole commercial, jusqu'à ce qu'un commerçant omanais, Saleh ben Haramil al Bray, ne brave l'interdit en offrant des graines au roi de Zanzibar. Ce dernier cultiva l'épice et la diffusa dans tout le Moyen-Orient.

Du vieux Duba, il ne reste plus qu'une ou deux rues et quelques façades vides. À l'époque, un grand marché se tenait en bordure de ville. Les bédouins venaient de toute la région pour échanger leurs biens. L'ancien maire, ne saisissant pas la valeur historique des vieux bâtiments, a en effet entrepris la démolition de tout le quartier. L'objectif est de désormais préserver et restaurer ce qui tient encore debout, malheureusement les pertes sont inestimables.

Visite du vieux Duba

Un peu plus haut se trouve un ancien fort ottoman en cours de rénovation. Son architecture est simple, quatre tours reliées par un mur d'enceinte de 4 mètres de haut. De dimensions modestes, il abritait certainement une très petite garnison. Des Balkans à la mer Rouge, on prend conscience de l'immensité de l'Empire ottoman. Nous aurons mis presque 10 mois à le traverser.

Promenade sur les rives de la mer Rouge

La journée déclinant, nous nous rendons sur la corniche. Cette longue promenade de plusieurs kilomètres de long est idéale pour marcher. Hamoud nous raconte des anecdotes de son enfance, lorsqu'il venait ici avec ses frères jouer au foot au milieu de la rue. Les lieux n'étaient pas aussi aménagés que maintenant. En cette fin 2022, les enfants préfèrent rouler : vélos et trottinettes sont de sortie.

La promenade est très agréable, nous regrettons toutefois qu'il n'y ait pas de bateaux sur l'eau. Avec la construction du projet Neom, le gouvernement a décrété que la navigation de plaisance était interdite jusqu'à nouvel ordre. Difficile de comprendre la logique.

Après une petite heure en aller-retour, nous revenons à l'appartement où la mère d'Hamoud a concocté un délicieux curry indien. Cependant, je ne peux la remercier directement, les hommes n'étant pas censés parler aux femmes qui ne sont pas de leur famille. À noter qu'il s'agit surtout d'une coutume familiale, la loi saoudienne autorise aux hommes de parler aux femmes.

Pour terminer la soirée, nous reprenons la voiture pour aller boire un café et un thé sur la corniche. On se rend petit à petit compte que la vie nocturne est bien plus animée que la vie diurne.

Jours 318 à 321 🇸🇦 - Étape à Tabuk

De Duba à Tabuk, Arabie Saoudite le 18 décembre 2022

Dernière matinée avec Hamoud. Il est parti très tôt ce matin pour être présent au moment de l'atterrissage d'un avion de matériel médical à l'aéroport. Il rentre durant la matinée alors que nous dormons encore. Son travail est déjà fini, il peut entamer cette nouvelle semaine à sa guise. Il prévoit donc de repartir dans sa ferme dès le lendemain.

De notre côté, une nouvelle garde partagée commence. Nous remercions chaleureusement Hamoud pour les trois jours incroyables que l'on vient de passer et montons en voiture avec Maher, son beau-frère. Nous le connaissons fort bien, puisque nous venons de passer tout le week-end avec lui. Il ne parle pas bien anglais mais manie le traducteur avec talent. Il rentre à Tabuk avec sa femme (la soeur d'Hamoud) et leur petite fille. En comprenant que sa maison était sur notre chemin, il nous a invités à passer la nuit chez lui dans le salon des invités.

Avec Maher

En voiture, nous mettons des musiques françaises et en avant. Maher roule plutôt vite en dépit des radars qui jalonnent l'autoroute, si bien que nous arrivons en moins de deux heures à Tabuk. Il nous explique qu'il a 7500 SAR (environ 1800€) d'amendes impayées. On comprend vaguement qu'être saoudien le dispense de payer. On dépose sa femme et son bébé à la maison et on part avec lui découvrir la ville.

Rue piétonne de Tabuk

Il nous amène d'abord au château ottoman. Situé en plein centre-ville et gratuit, il se visite rapidement. On y apprend que Tabuk a eu un rôle important au temps des caravanes. Sa position au carrefour des route se retrouve au temps des pèlerinages car le train reliant Damas et Médine passait précisément par Tabuk. On imagine fort bien le mélange culturel entre Syriens, Jordaniens, Égyptiens et Saoudiens.

Château ottoman de Tabuk

En sortant du château, nous nous promenons à pied dans le quartier. La rue piétonne est bordée de boutiques en tout genre et l'atmosphère est très agréable en cette fin de journée. Tabuk se situant proche des montagnes à une altitude d'environ 1000 mètres, il y fait plus frais et ça fait du bien. On passe devant la jolie mosquée Al Tawba avant de remonter en voiture.

Mosquée Al Tawba

Maher n'est pas un grand fan de football contrairement à la majorité des Saoudiens. Or ce soir, c'est la finale de la coupe du monde. Impossible de la manquer : après un beau parcours, l'équipe de France affronte celle d'Argentine dans un duel de haute voltige. Notre chauvinisme est au plus haut. Maher décide donc de nous conduire dans le plus grand centre commercial de la ville où un énorme écran géant a été installé.

Le stress monte. On arrive vers 17h. À une heure du coup d'envoi, le mall est déjà quasiment plein. La foule s'anime à chaque fois que l'image de Léo Messi passe sur l'écran. Seule une centaine de personnes soutient la France : nous en faisons partie bien évidemment, le reste du public est acquis à la cause argentine. Maher nous aide à trouver deux chaises à l'étage avant de nous laisser, nous sommes fin prêts. Le match est incroyable, bien qu'on aurait souhaité une fin différente. On se rappellera toujours de ce moment passé à assister à l'un des plus beaux matchs de l'histoire du football dans un centre commercial de Tabuk en Arabie Saoudite.

Jour de finale : France - Argentine

Comme deux ados, Maher vient nous chercher dans la soirée ; précisons quand même qu'il a tout juste la vingtaine. Nous rentrons tous les trois dormir chez lui. L'immeuble dans lequel il vit ne regroupe que des habitants de sa famille. Une grande tente, faisant office de musée familial, est installée sur le toit. Nous y rencontrons son beau-frère qui vit au dernier étage, il nous fait faire un petit tour. La fatigue nous gagne vite après toutes ces émotions : l'heure est au repos.

Petit musée de la famille de Maher

Tabuk, Arabie Saoudite les 19 et 20 décembre 2022

Après une longue nuit, nous décidons de rester à Tabuk deux nuits de plus. Carlos, un Soudanais d'une trentaine d'année, nous accueille. Son vrai prénom est Mohammed, c'est sa grande taille qui lui a valu ce surnom de basketteur qui lui va bien. Il rentre tout juste du Qatar où il vient de passer quelques jours à faire la fête, tout en assistant aux phases finales de la coupe du monde.

Carlos étant au travail, nous ne passons du temps avec lui que le premier soir. Il nous fait visiter une seconde fois le centre-ville de Tabuk qu'il connaît bien puisqu'il y vit depuis dix ans. Nous entrons dans un musée qui reconstitue une ancienne maison de Tabuk. C'est très intéressant et ludique, en particulier l'essayage d'habits traditionnels. Carlos vivant seul, nous avons accès à tout son appartement. L'occasion est belle de profiter de sa cuisine pour préparer de bonnes pâtes bolognaise en guise de remerciement. Le verdict est sans appel : c'est un délice. Les garçons finissent la soirée, manettes à la main. Carlos se révèle un peu plus expert qu'Adrien.

Partie de Fifa avec Carlos

Le projet de vie de Carlos est aussi original qu'intéressant. Grâce à son emploi d'ingénieur civil à l'hôpital militaire, il économise beaucoup d'argent qu'il souhaite investir dans l'immobilier à Rio de Janeiro. Si bien qu'il pense arriver bientôt à son rêve de tout plaquer pour aller vivre au Brésil de ses rentes.

Après avoir rencontré un Palestino-libanais, un Saoudien et un Soudanais, nous avons désormais une bonne vision de la diversité culturelle des habitants d'Arabie Saoudite. Ce pays, pourtant fermé durant de nombreuses années, s'avère être une véritable terre d'accueil. Nous ne rencontrons cependant que des hommes et nous avons bon espoir que ça change dans les prochains jours.

Jours 321 à 323 🇸🇦 - Sur la route des Nabatéens à Al Ula

De Tabuk à Al Ula, Arabie Saoudite le 21 décembre 2022

Départ de Tabuk. Carlos nous dépose à la sortie de la ville. Pour rejoindre notre prochaine destination, il existe trois possibilités : prendre un bus SAPTCO, la compagnie saoudienne des transports, louer une voiture ou bien y aller en auto-stop. Le bus partant tard dans l'après-midi et nous amenant loin de notre prochain hébergement, nous avons vite éliminé cette option. La location de voiture coûtant assez cher lorsqu'on ne la rend pas au même endroit, nous avons également éliminé cette option. Ne reste que l'auto-stop : heureusement que nous sommes rodés.

Une première voiture s'arrête en plein milieu de la route au bout de deux minutes. Le conducteur nous fait signe de monter, il est accompagné de sa jeune fille qui sort de l'école. Nous avons un premier aperçu de la gentillesse des Saoudiens : en plus de nous offrir une banane chacun et 3 litres d'eau, le père de famille fait un détour de 10 kilomètres afin de nous faire passer le checkpoint militaire de sortie de la ville.

Une seconde voiture s'arrête presque immédiatement après. Ils ne vont pas dans notre direction mais nous amènent cependant à un croisement stratégique. Idéal.

Nous nous retrouvons désormais au milieu d'un désert plat et rocailleux. La route secondaire que nous devons emprunter est elle aussi déserte, heureusement que nous avons de l'eau. Les premières tentatives se soldent par un échec : personne ne s'arrête. Et puis nous voyons une voiture faire demi-tour un peu plus loin. Il s'agit de deux amis en route pour Médine. En discutant avec eux, on apprend qu'ils sont pilotes de l'air dans l'armée saoudienne, l'un à Dammam et l'autre à Tabuk. Les kilomètres défilent à toute allure, d'autant plus que nos deux pilotes roulent extrêmement vite sur cette grande ligne droite.

3 heures pour faire 400 kilomètres : l'auto-stop est d'une facilité déconcertante. On nous dépose même juste devant chez nous, le rêve.

Arrivée à Al Ula

Al Ula, Arabie Saoudite le 21 décembre 2022

Cela fait 10 jours que nous sommes en Arabie Saoudite et c'est la toute première fois que nous n'avons pas trouvé d'hôte disponible sur Couchsurfing. L'explication est simple : Al Ula est l'endroit le plus touristique du pays, si bien qu'elle est surnommée la petite Petra saoudienne. Les prix des logements flambent et atteignent plusieurs centaines d'euros par nuit. Impossible de nous offrir un hôtel, même basique.

Nous avons donc opté pour une tente dans une ferme à une trentaine de kilomètres de la zone touristique. Ce soir, nous logeons entre les orangers et les citronniers de l'exploitation, ce qui n'est pas pour nous déplaire.

Une nuit Ă  la ferme

L'endroit est calme, beau et simple. Le propriétaire n'est pas sur place, mais le tenancier yéménite est extrêmement gentil. Pour 60€ par nuit à deux, petit-déjeuner compris, nous ne nous en sortons pas si mal, si bien que nous décidons de prolonger notre séjour.

Alors qu'on se reposait dans notre tente, j'entends notre hôte nous appeler. Il est 16h et un groupe de touristes vient d'arriver pour déjeuner, rien d'étonnant en Arabie Saoudite. La culture veut qu'il reste toujours à manger pour les invités. Ni une ni deux, il nous installe à une table et un véritable festin nous est servi. Quel délice !

Al Ula, Arabie Saoudite le 22 décembre 2022

La nuit fut aussi bonne que fraîche. Le petit-déjeuner est délicieux, il me rappelle un peu celui que préparait le chef soudanais du camp dans lequel nous travaillions lors de notre volontariat en Jordanie. Nous ne traînons pas ce matin, car nous avons réservé un tour des tombeaux nabatéens d'Hegra, à 20 kilomètres de la ferme.

En longeant le petit chemin, qui nous amène sur la grande route du désert, nous croisons deux travailleurs. L'un récupère les ordures sur le chemin, l'autre le suit en 4X4. Les Saoudiens, tout comme les Émiratis, emploient des travailleurs étrangers afin de nettoyer les bords de route. Arrivés à proximité de la station essence, je lève le pouce. Malheureusement, il n'y a presque personne et le peu de voitures qui passent roulent à vive allure.

Il est encore tôt et on se dit que ce sera compliqué de trouver un véhicule à temps. Contre toute attente, le conducteur du 4X4, que nous venons de dépasser à pied, s'engage sur la grande route et s'arrête à notre hauteur. Il nous demande où on va.

« Winter Park, mafi rials », lui dit-on (nous n'avons pas de monnaie). Aucun souci pour lui, il nous embarque. On comprend que ce monsieur va faire un aller-retour d'une heure pour nous amener à destination. Incroyable ! On le remercie chaleureusement.

C'est ainsi que nous arrivons à l'entrée du parking 1h30 à l'avance. Tout est très bien organisé et nous avons même le droit à un café arabe de bienvenue. Un bus part toutes les heures. Il n'y a pas beaucoup de temps de trajet, mais l'accès au site est contrôlé : impossible de s'y rendre par soi-même. Nous négocions afin de monter dans celui qui part à 10h30, ce qui nous économise une bonne heure d'attente. C'est ça que nous aimons dans les pays arabes, tout est possible.

Le car nous dépose à l'entrée du site archéologique d'Hegra. Là, une série de navettes nous amène devant six différents lieux en suivant une boucle. J'en oublie même mon sac à dos dans le premier bus avec notre argent et nos passeports. Il nous sera rendu à l'arrivée sans que rien ne manque à l'appel. À chaque arrêt, une guide parlant anglais et même français nous attend. Chacune nous explique un peu de l'histoire des lieux, c'est passionnant et incroyablement bien organisé.

Tombeaux nabatéens d'Hegra

Hegra serait l'oeuvre des Nabatéens. Ce peuple arabe et commerçant de l'Antiquité occupait le nord de la mer Rouge et la péninsule arabique. Tout comme sa capitale Pétra, la cité d'Hegra comprend d'impressionnants tombeaux creusés dans la roche datant du début de notre ère. Mais l'atmosphère d'Hegra est totalement différente. Construite en plein désert sur une superficie de 1000 hectares, elle nous impressionne par sa grandeur. Les tombes monumentales sont nombreuses. On y admire les façades décorées et on y découvre une maîtrise effarante des techniques hydrauliques.

D'après les historiens, le royaume aurait ensuite été annexé par les Romains au IIème siècle, avant que l'oasis ne soit abandonnée aux tempêtes de sable après le IVème siècle.

Nous prenons notre temps, surtout que nous venons de rencontrer un famille de français. Alizée, Jean-Baptiste et Jean, leur fils de 4 ans, sont venus passer leurs vacances en Arabie Saoudite depuis les Émirats Arabes Unis voisins, où ils vivent depuis six ans. Nous nous lions vite d'amitié avec eux, si bien que nous décidons de passer ensemble le reste de la journée.

En bonne compagnie

Le système de navettes nous permet de profiter de chacun des arrêts aussi longtemps que nécessaire. Nous nous faisons rapidement rattraper par d'autres touristes plus pressés, mais de manière générale il n'y a pas foule et nous sommes presque seuls à chaque fois. Le rêve.

Chaque recoin d'Hegra nous raconte un peu plus l'histoire des Nabatéens. L'arrêt le plus marquant est peut-être le Château solitaire. Il mesure 20 mètres de haut et a la particularité d'occuper la totalité d'un rocher à lui tout seul. La forme ovale du rocher permet notamment d'en dissimuler l'entrée.

Château solitaire (vue de côté)

Les prouesses sculpturales et architecturales nous sautent aux yeux. Nous apprenons que les sculpteurs commençaient à tailler dans la roche par le haut. Des trous laissés dans le rocher, de chaque côté des tombeaux, montre le chemin emprunté par les travailleurs.

Depuis vingt ans, des archéologues français mènent les fouilles dans la région d'Al Ula. Un grand projet de mise en valeur de l'ancienne cité fortifiée a été signé entre le Royaume saoudien et la France en 2018. Classée au patrimoine mondial de l'Unesco, Hegra accueille depuis peu ses premiers touristes. Le site est grand et regorge de jolis trésors, nous avons adoré notre visite.

Château solitaire (vue de face)

De retour au parking, nous décidons de poursuivre la journée tous les cinq. Nous montons dans le Toyota 4x4 vert de nos nouveaux amis : premier arrêt à quelques kilomètres de là pour découvrir le spectaculaire rocher de l'éléphant Jabal Alfil. Le second arrêt nous amène dans la vieille ville arabe d'Al Ula en pleine rénovation. Nous les quittons au soleil couchant en promettant de leur rendre visite si nous passons par Abou Dhabi dans les prochaines semaines.

Jabal Alfil de loin

Pour la première fois du voyage, nous entamons l'auto-stop à la nuit tombée. La chance nous sourit puisqu'un saoudien s'arrête à peine cinq minutes plus tard et nous amène à destination. Est-ce que c'était sa route ? Probablement pas. Est-ce qu'il a fait ce détour de 30 kilomètres rien que pour nous alors qu'il ne nous connaît pas ? Certainement.

Visite de la vieille ville d'Al Ula

Jours 323 à 325 🇸🇦 - Noël à Médine

D'Al Ula à Médine, Arabie Saoudite le 23 décembre 2022

La nuit fut un peu moins bonne que la veille. Chose étonnante mais vraie, il a plu toute la nuit, ce qui s'est révélé particulièrement bruyant sous la toile de tente. Fort heureusement, le réveil est chaleureux. Nous partageons le petit-déjeuner avec nos voisins : des Saoudiens particulièrement enjoués de découvrir Al Ula pour la première fois et trois autres touristes comme nous.

C'est ainsi que nous rencontrons Youji, un sino-canadien de notre âge. Il est aussi en voyage au long cours. La différence avec nous, c'est qu'il lie travail et voyage. Nous sympathisons rapidement et il nous propose de nous avancer d'une quarantaine de kilomètres dans sa voiture de location. On se sépare au bout d'une petite heure, mais pas pour longtemps. On prévoit de se revoir d'ici quelques jours, nos routes se croisant à nouveau.

DĂ©part sous la pluie

S'ensuit une nouvelle journée d'auto-stop. Déposés à un carrefour autoroutier, nous levons à peine le pouce que deux amis saoudiens, la cinquantaine, s'arrêtent à notre niveau. Ils nous embarquent à bord de leur Dodge, avant même que Youji n'ait redémarré son moteur.

Nos nouveaux compagnons ne parlent pas très bien anglais et le traducteur s'avère être d'une aide précieuse. Ils ne vont pas à Médine, mais peuvent néanmoins nous avancer d'une bonne soixantaine de kilomètres supplémentaires. C'est toujours ça de pris !

Tout en quittant la jolie région d'Al Ula, nous rattrapons les orages de la veille. Le temps se gâte rapidement alors que nous approchons de la station service à laquelle nos chemins doivent se séparer.

C'est alors qu'un revirement de situation a lieu. Plutôt que de s'arrêter au croisement, notre conducteur s'engage sur la route de Médine à gauche. Nous leur expliquons que ce n'est pas leur route. En retour, le co-pilote nous écrit un message qui résume à lui seul la bienveillance des Saoudiens.

« Mon ami dit que la pluie peut constituer un danger pour vous. Dans notre culture, en tant que Saoudiens, nous gardons nos invités en sécurité jusqu'à ce qu'ils se rendent dans un endroit sûr. »

Sur ces paroles, les voilà embarqués pour un détour d'une bonne heure de route. Ensemble, nous traversons le déluge, une tempête de sable et des troupeaux de dromadaires de plusieurs centaines d'individus. 300 kilomètres et quelques heures plus tard nous arrivons à bon port et sous le soleil dans la ville sainte.

Petit arrĂŞt dromadaires

Autrefois interdite aux non-musulmans, nous nous sentons comme privilégiés de pouvoir mettre les pieds à Médine.

Médine, Arabie Saoudite le 23 décembre 2022

Une autoroute nous sépare de chez Mazim, notre nouvel hôte Couchsurfer. Nous le prévenons de notre arrivée et ni une, ni deux, il nous rejoint peu après en voiture.

Nous faisons la connaissance de Valbone, une albano-américaine, qui voyage principalement dans les pays musulmans et qui vient de passer deux jours chez Mazim. Ghufran, la femme de Mazim, nous retrouve peu après. Quant à leurs trois enfants, ils passent la soirée chez leurs grands-parents.

L'équipe au complet, nous partons visiter l'ancienne gare ottomane de Médine. Il s'agissait autrefois du terminus de la ligne de chemin de fer du Hedjaz, qui reliait Damas et Médine. Construite en 1900, son but premier était de faciliter le pèlerinage à la Mecque, tout en favorisant les échanges commerciaux régionaux. L'objectif sous-jacent était de renforcer l'emprise des Ottomans le long de la mer Rouge. Néanmoins, sa mise en place fut un échec. Traversant des zones désertiques, la ligne subit dès le départ de nombreux pillages des tribus arabes de la région. Elle fut partiellement endommagée lors de la Première Guerre Mondiale, du fait des attaques dirigées par Lawrence d'Arabie, dans sa stratégie de lutte contre l'Empire ottoman pour le compte des Britanniques. Le tronçon Médine - La Mecque ne fut jamais construit et la ligne fut abandonnée.

Ancienne gare ottomane de MĂ©dine

La soirée ne fait que commencer. Devant l'ancienne gare se trouvent de nombreux food-trucks et d'anciens wagons. Mazim et Ghufran commandent pour nous de délicieux plats égyptiens. Puis, nous remontons en voiture afin d'amener Valbone à la nouvelle gare de Médine.

Toute l'équipe est là : Mazim, Adrien, Ghufran, Clémence et Valbone

Ironie de l'histoire, une ligne de chemin de fer ultra moderne vient d'ĂŞtre construite par le gouvernement saoudien. Elle relie depuis 2018 MĂ©dine Ă  La Mecque, en passant par Djeddah la plus grande ville portuaire du pays.

Sur le chemin du retour, nous nous installons à un café et dégustons un lait à la cannelle, une boisson préparée exclusivement lors de la saison froide. Ces saveurs nous rappellent que Noël, c'est demain !

Médine, Arabie Saoudite les 24, 25 et 26 décembre 2022 🎄

Depuis notre départ en février dernier, nous traçons notre route étape par étape, kilomètre après kilomètre. Notre périple, nos rencontres, nos envies nous font évoluer toujours un peu plus vers l'Est de notre planète. C'est ainsi que nous nous retrouvons dans l'une des villes les plus sacrées de la religion musulmane pour passer les fêtes de Noël.

Montagnes rougeoyantes de MĂ©dine

Hasard ou pas, nous nous sentons plutôt bien entourés de Mazim, de Ghufran et de leurs trois enfants. Nous cuisinons et mangeons des crêpes tous ensemble, jouons à des jeux de société et regardons même un film de Noël tout en mangeant des chocolats. Leur maison est un petit havre de paix idéal où nous nous sentons bien.

Un Noël pas comme les autres

Youji, qui après une virée au bord de la mer Rouge, est lui aussi de passage à Médine. L'occasion est idéale de passer un peu de temps ensemble, tout en explorant la ville. Sur les conseils de Mazim, nous commençons par nous rendre à la tombée de la nuit devant la mosquée de Quba.

Cinq prières rythment les journées des musulmans. Le muezzin chante au moment où nous arrivons sur place. Il s'agit de salat maghrib, la prière du coucher du soleil. Des fidèles affluent de toute part et se dirigent à l'intérieur de la petite mosquée. Nous observons avec intérêt leurs tenues, en essayant de deviner leurs origines. Des pèlerins viennent du monde entier à Médine et nous nous rendons compte de la diversité des peuples musulmans, du Maroc à l'Indonésie en passant par l'Ouzbékistan.

Entre la mosquée de Quba et la moquée du Prophète

Une longue promenade piétonne, récemment aménagée, permet de rejoindre le second lieu le plus sacré de l'Islam : la mosquée du Prophète (Masjid Al-Nabawi). Sa dernière rénovation a eu lieu durant le règne du roi Fahd, roi d'Arabie Saoudite entre 1982 et 2005.

L'ambiance, plutôt calme jusque là, change alors que nous arrivons à l'entrée de l'immense mosquée du Prophète. La dernière prière du jour est imminente et des milliers de fidèles affluent, les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. Nous observons un peu à l'écart l'énergie incroyable dégagée par toutes ces personnes rassemblées au même endroit, au même moment. On se sent privilégiés d'assister à une telle communion.

Mosquée du Prophète (Masjid Al-Nabawi)

Nos quelques jours à Médine passent très rapidement et il est déjà l'heure de saluer nos nouveaux amis. Ainsi est fait le voyage, entre rencontres et aurevoirs.

Jour 326 🇸🇦 - En route pour Djeddah

De Médine à Djeddah, Arabie Saoudite le 26 décembre 2022

Lundi matin. Nous préparons tranquillement nos sacs à dos. Mazim a proposé de nous amener à la sortie de la ville, afin de faciliter notre départ en auto-stop en direction de Djeddah. 400 kilomètres nous attendent.

40 minutes plus tard, il nous dépose près d'une station essence. Nous le saluons, marchons quelques centaines de mètres et levons la main. L'axe Médine-Djeddah est très fréquenté, ce qui semble idéal. Pourtant, en auto-stop, on a très vite appris que les grands axes sont à contrario plus compliqués. Trop de trafic, trop de véhicules, trop de taxis et peu d'espace pour qu'une voiture s'arrête.

Après de longues minutes d'attente et une dispute avec un chauffeur de taxi un peu trop insistant, nous montons finalement dans une première voiture, qui nous avance d'une vingtaine de kilomètres, puis dans une seconde. Elle nous dépose à une nouvelle station service une heure et demie plus tard. Nous descendons de voiture un peu déconcertés, car ils avaient proposé de nous emmener jusqu'à Djeddah. Leurs plans semblent avoir changé.

Nous sortons nos sacs du coffre et nous nous éloignons de quelques mètres. Une dame me fait alors de grands signes. Elle est voilée et à première vue, nous ne la connaissons pas. Elle nous explique qu'elle nous a vus faire du stop à la sortie de Médine. Malheureusement, ils roulaient trop vite et n'ont pas pu s'arrêter. Bien qu'ils se rendent à la Mecque, ils insistent pour nous amener à Djeddah. On accepte bien évidemment. Âgée d'une soixantaine d'années, elle est accompagnée de son mari et de leur chauffeur. On se sert à l'arrière et on démarre.

On découvre alors qu'ils ne sont pas saoudiens mais turcs ! On baragouine tant qu'on peut dans leur langue. Ça leur fait super plaisir et nous aussi. Zeynep et Mehmet vivent en Arabie Saoudite depuis plus de dix ans, où ils tiennent plusieurs commerces dans l'ouest du pays. Mehmet ayant des problèmes de vue, nous comprenons vite que le chauffeur est surtout son aide de vie, qui permet à nos deux amis d'aller d'un entrepôt à l'autre entre Médine et la Mecque.

Le courant passe immédiatement. Ils sont d'une gentillesse extraordinaire et on voit cette rencontre comme une évidence. Ils nous proposent même de nous héberger chez eux, mais on décline. En effet, il est interdit aux non-musulmans de se rendre à la Mecque et on ne se voit pas contourner cette loi.

Ils finissent par accepter notre refus en échange d'une invitation dans un restaurant à Djeddah. Sacrés turcs ! Autant ils ont accepté le premier refus, autant là, on a bien compris qu'il n'en est pas question.

On file à vive allure sur ces grandes lignes droites au milieu du désert, quand tout à coup, on aperçoit des singes sur le bas-côté. Ni une, ni deux, on s'arrête. On sort pour prendre quelques photos de notre première rencontre avec ces animaux. Ce qu'on n'a pas prévu, c'est que le coffre de Zeynep et Mehmet est plein de victuailles pour eux : bananes, pommes, carottes et concombres. Nous n'avons pas le temps de leur dire que l'idée n'est peut-être pas extraordinaire, que les fruits et légumes sont déjà donnés et dévorés.

Babouins d'Arabie Saoudite

Nous repartons contents d'avoir vu nos premiers babouins et en même temps gênés de ce qui vient de se produire. Il ne faut jamais nourrir des animaux sauvages, cela change leur comportement et les rend dépendant des Hommes. Nous ne nous voyons cependant pas faire la morale à nos nouveaux amis. Que dire à ces gens qui pensent juste bien faire ?

Quelques heures plus tard, nous arrivons aux abords de Djeddah. La ville est énorme ! Elle s'étend sur des dizaines de kilomètres, c'est simple, on peut voir des bâtiments partout où se porte notre regard. On ne s'attendait pas à ça. L'invitation à déjeuner tient toujours, bien qu'il soit 17h. Nous nous arrêtons devant un restaurant dénommé Piatto. Nos amis turcs nous expliquent que c'est leur restaurant italien favori. On se laisse guider et on commande pâtes et pizzas à partager. Les saveurs sont délicieuses, nos papilles redécouvrent des goûts oubliés depuis notre traversée de l'Italie, il y a presque un an. On passe un très beau moment.

En bonne compagnie

Nous remontons ensuite en voiture à la nuit tombée. Omar, notre hôte du soir, habite de l'autre côté de Djeddah. La traversée est épique. Les saoudiens sont de sortie prêts à débuter leur journée, ce qui créé des embouteillages.

Omar sort nous accueillir. Comme une nouvelle garde partagée, nous disons au revoir à nos anges gardiens avant d'en rencontrer un nouveau.

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Merci d'avoir lu jusqu'au bout ❤️

L'Arabie Saoudite est un pays immense, il nous reste tant à voir à commencer par le sud. Au programme : un florilège de rencontres à Djeddah, un road-trip de deux semaines dans les montagnes et la visite de Riyad.

Plus qu'un blog voyage, nous partageons nos péripéties au fur et à mesure de notre aventure comme on les vit, avec passion et sincérité. Si tu veux nous adresser quelques mots, tu peux nous contacter sur nos pages Instagram : Clémence et Adrien.

Clémence et Adrien